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Planetary LabUS · CNResearch Paper

États-Unis–Chine : quelle fin de partie ?

La course à l'incoercibilité stratégique

Jean-Pierre GouxBiosphere Economics · Planetary LabAoût 2026

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Première page de l'étude

Planetary Lab

Résumé

La rivalité sino-américaine est le plus souvent présentée comme une course à la primauté. Cet article défend une autre thèse : le basculement décisif pourrait intervenir bien avant qu'une puissance ne dépasse l'autre. Il se produit lorsqu'un État atteint l'incoercibilité stratégique, c'est-à-dire lorsque son adversaire conserve les moyens de lui infliger des coûts considérables, mais ne dispose plus d'une combinaison d'instruments politiquement crédible pour le contraindre à renoncer à un choix qu'il juge vital.

Trois conclusions principales

  1. L'incoercibilité américaine sur les choix vitaux

    Les États-Unis sont déjà stratégiquement incoercibles face à la Chine sur leurs choix nationaux vitaux ; la Chine, elle, n'a pas encore clairement franchi ce seuil face aux États-Unis et à leurs alliés.

  2. La fenêtre 2027–2035

    Si les trajectoires actuelles se poursuivent, Washington et ses alliés conserveraient probablement encore en 2027 les moyens de contraindre Pékin à reculer dans une confrontation majeure. Vers 2030, cette capacité devient véritablement incertaine. En 2035, ils resteraient probablement capables d'infliger à la Chine des dommages considérables, mais sans pouvoir raisonnablement compter sur ces dommages pour lui faire abandonner un choix vital. La trajectoire centrale mène donc à une incoercibilité stratégique mutuelle, non à une primauté chinoise.

  3. Le trumpisme et la course décisive

    Le trumpisme renforce sensiblement la résilience stratégique américaine et peut retarder l'accession de la Chine à l'incoercibilité, mais rien ne permet encore d'affirmer qu'il puisse l'empêcher. La course décisive oppose ainsi la capacité de Washington à renouveler ses leviers de coercition et à les combiner avec ceux de ses alliés à la capacité de Pékin à les neutraliser, à se doter de moyens de rétorsion et à empêcher cette combinaison.

L'incoercibilité mutuelle ne serait pas, à elle seule, une fin de partie. Elle déplacerait le centre de gravité de la rivalité : de la capacité à contraindre l'autre vers la capacité à structurer durablement les choix des États tiers, par les institutions, les normes, les réseaux, les marchés, les technologies et les garanties de sécurité.

Trois fins de partie possibles

  • Reconstitution de la puissance systémique américaine
  • Percée systémique chinoise
  • Un ordre mondial où les fonctions de puissance restent réparties entre plusieurs pôles

La guerre n'en constitue pas une quatrième : elle est l'une des voies de transition susceptibles de conduire à l'une de ces configurations.

La Chine n'a pas besoin d'égaler la puissance globale des États-Unis pour transformer la relation stratégique. Le seuil décisif se situe en amont : celui de l'incoercibilité stratégique, atteint lorsqu'une coalition menée par Washington peut encore infliger à la Chine des coûts considérables, mais ne dispose plus de moyens crédibles pour contraindre Pékin à revenir sur une décision qu'il juge vitale. La course se joue donc dans les deux sens. Pékin cherche à supprimer les dépendances qui donnent encore prise à Washington sur ses choix essentiels. Les États-Unis doivent, eux, créer de nouveaux leviers à mesure que les anciens s'érodent, tout en restant capables de transformer rapidement les capacités de leurs alliés en action coordonnée.

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